Taxe foncière : 1,8 % des communes ont augmenté leur taux chaque année depuis 2018
La taxe foncière est régulièrement pointée du doigt comme l’une des charges les plus lourdes pesant sur les propriétaires. Pourtant, une étude de la Direction générale des collectivités locales (DGCL) vient nuancer cette perception. Si le montant de cet impôt local a bien progressé ces dernières années, les hausses de taux décidées par les communes restent, dans les faits, bien plus limitées qu’on ne le croit souvent.
Une progression de la taxe foncière tirée par les valeurs locatives
Pour comprendre l’évolution de la taxe foncière sur les propriétés bâties (TFPB), il faut savoir comment cet impôt local est calculé : le taux voté par la commune multiplié par la valeur locative cadastrale du bien, réévaluée chaque année selon l’inflation.
D’après le Bulletin d’information statistique publié par la DGCL, c’est bien ce second levier qui explique l’essentiel de la hausse de la taxe foncière constatée depuis 2018. Entre 2019 et 2025, l’effet lié à la revalorisation des bases a systématiquement dominé l’effet lié aux décisions de taux, à l’exception de l’année 2021. Cette année-là, la réduction des valeurs locatives des établissements industriels avait entraîné une contraction de la base, partiellement compensée par une légère hausse des taux communaux.
Sur la période 2018-2025, le produit de la taxe foncière sur les propriétés bâties alloué aux communes a affiché une croissance cumulative de 26,3 %. En valeur absolue, ce produit a plus que doublé, passant de 17,5 milliards d’euros à 40,2 milliards d’euros.
Moins de 2 % des communes ont relevé leur taux chaque année
C’est l’un des enseignements les plus frappants du rapport : seulement 1,8 % des communes ont augmenté leur taux de taxe foncière tous les ans entre 2018 et 2025. En termes de population, cela représente 2 millions de personnes ayant subi une hausse systématique des taux sur la période, contre 26 millions qui n’en ont connu qu’une seule.
La grande majorité des communes a donc fait preuve d’une retenue notable sur ce levier fiscal. Plus de la moitié d’entre elles ont augmenté leur taux moins d’une année sur deux. Près d’un tiers en a réalisé une seule hausse significative sur l’ensemble de la période.
Un élément de contexte éclaire en partie ce comportement : la suppression progressive de la taxe d’habitation sur les résidences principales à partir de 2020 a conduit certaines communes à ajuster leurs taux de TFPB pour sécuriser leurs ressources fiscales. Ces ajustements ont été concentrés sur certaines années, notamment 2023 et 2024, où l’effet taux a été plus marqué qu’à l’habitude.
Des disparités selon la taille et la richesse des communes
Si la tendance nationale est à la modération, les situations locales varient sensiblement. La DGCL observe que les communes les plus peuplées ont en moyenne des taux de TFPB plus élevés. Les villes de plus de 100 000 habitants affichent ainsi un taux moyen de 25 %, contre moins de 12 % dans les communes de moins de 200 habitants. Les communes rurales éloignées des pôles urbains ont tendance à pratiquer des taux inférieurs d’environ six points à ceux des communes situées dans les aires d’attraction des grandes villes.
Le niveau de revenus des habitants joue également un rôle. Dans les communes où les ménages disposent des revenus les plus modestes, le taux de TFPB est en moyenne nettement plus élevé (autour de 25,7 % pour le décile le plus pauvre) que dans les communes les plus aisées, où il tourne autour de 16,7 %.
Paradoxalement, ce sont pourtant les communes aux habitants les plus aisés qui perçoivent les produits de TFPB les plus importants, en raison de valeurs locatives plus élevées. En 2025, la part de la TFPB dans la fiscalité directe locale atteint plus de 87 % dans les communes du décile de revenus le plus élevé, contre 77 % dans celles du décile le plus bas.